Délégationde l’Ain

Paroles

Précarité : le regard des autres

Précarité : le regard des autres

publié en février 2018

En 2017, le rapport annuel du Secours Catholique a indiqué une augmentation notoire de la pauvreté en France. Malheureusement, ces statistiques correspondent aussi à celles relevées sur le territoire de l’Ain. Si la précarité n’est pas une maladie contagieuse, elle est pourtant en constante augmentation. Alors, comment expliquer cette évolution, et pourquoi est-il si difficile d’inverser la tendance quand dans sa vie un tel déclin commence à s’opérer ?

Ces dernières années, j’ai participé à diverses instances qui réunissaient des personnes au chômage ou au RSA. Lors de ces réunions, j’ai pu constater que de nombreux ressentis nous étaient communs alors que nous vivions cette fragilité au quotidien.
Il me semble important de les partager ici, car bien des aspects restent difficiles à imaginer concernant des situations que l’on n’a pas soi-même vécues :

Pourquoi est-il si difficile d’inverser la tendance quand dans sa vie un déclin commence à s’opérer ? Plus ce déclin s’affirme, plus les éléments semblent se concentrer pour le précipiter davantage. On se fragilise suivant l’engrenage dans lequel on se trouve peu à peu entraîné. La perte de confiance grandit de jour en jour ; l’image qu’on croit trop souvent renvoyer fait honte et vient aviver la mésestime que l’on éprouve déjà pour soi-même... On peut trouver la force de se maintenir chaque jour en s’évertuant à vivre sans rien laisser paraître de la situation vécue, malheureusement, l’inactivité professionnelle laisse du temps pour gamberger et la souffrance psychologique est d’autant plus intense que la sensibilité en est devenue exacerbée… Ainsi, les handicaps générés par de telles situations s’accumulent et le négativisme s’envole.
Tout ce dont on est trop régulièrement privé sur le plan matériel vient s’ajouter au regard des autres et au mépris que l’on croit inspirer.
Pour une personne en situation de grande fragilité, la médiocrité de la situation vécue vient se confondre avec sa propre personnalité, se mêlant jusqu’à devenir indissociables : « je vis médiocrement, donc je suis médiocre… » Outre ces ressentis personnels il faut en plus supporter les préjugés qui circulent, véhiculés parfois par certains médias voire même certains personnages politiques : « … les pauvres ne veulent pas travailler, ils ne savent que vivre des aides sociales… »

Même si dans ce type d’analyse, il est plus souvent question d’ignorance que de malveillance, tous ces jugements ne font qu’alourdir une impression d’exclusion déjà bien pesante.
La perte de confiance et le sentiment d’abandon étant déjà extrêmes, il devient alors impossible de s’insérer à nouveau dans la société ; trouver ou assumer une reprise de travail deviennent, dès lors, de véritables gageures tant le handicap psychologique est devenu insurmontable…

Compte tenu de notre expérience, nous estimons que dans cette lutte, la parole est primordiale. Il faut donc élever la voix pour en finir avec tous ces jugements qui tendent à faire de quelques exemples des généralités, et enfin mettre un terme à ces préjugés aussi erronés que méprisants sur la pauvreté.

« La pauvreté n’est pas une question d’intelligence ni d’adaptation à la société, c’est souvent une question d’argent » (France Inter, dans l’émission intitulée « La pauvrophobie », décembre 2017).

Gilles Strub

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